Les métamorphoses de la geisha. Marco Polo ou le voyage imaginaire (Contes et légendes asiatiques, décembre 1998) © 1998 Jean-Pierre Lapointe
Acte IV d'un conte érotique imaginaire se déroulant au Japon.
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Les mouvements de la jeune maiko s'arrêtent. Elle dépose le chawan sur le tatami et y déverse un peu d'eau chaude.
L'odeur du thé emplit mes narines. Les sons saccadés du koto s'infiltrent dans mes pores et font frissonner mon corps de spasmes erratiques. Je regarde les chairs appétissantes de ma tendre geisha, elle a bougé légèrement, ses yeux se sont relevés. Mon sexe se gonfle. La pression de la chair chaude de la jeune maiko s'intensifie, les pointes de ses oppai minuscules s'incrustent plus profondément dans mes chairs.
Les mains de ma kan-geiko ont franchi la frontière du tatami. Elles s'installent et restent là, immobiles un moment, sur mes genoux. Puis elles glissent lentement jusqu'à mon tronc et s'y appuient légèrement, faisant basculer mon corps dans le vide, je viens m'affaler doucement sur le corps de la jeune et gracile maiko stratégiquement déployé sur le tatami. Je sens parfaitement la structure de ce corps trop fragile s'encastrer dans mon dos, ses petits seins rigides transpercer mes omoplates, mes fesses viennent reposer avec impudence dans l'étroite et chaude vallée formée par la fissure qui marque la rencontre de ses jambes fluettes, celles-ci se sont volontairement déployées et encerclent maintenant mes jambes en une étreinte énergique.
Pendant ce temps, ma kan-geiko s'est elle aussi discrètement glissée sur mon ventre; elle s'y incruste habilement, déployant ses membres autour de mon corps, rejoignant les membres de la jeune maiko pour former ainsi une enveloppe compacte et inexpugnable, comme un yoni, à l'intérieur duquel mon corps tout entier se métamorphose en un impudent lingham.
Mon corps s'agite. Les chairs chaudes qui m'enrobent se resserrent, s'échauffent et s'agitent au rythme des palpitations de mon corps. Le sang court dans mes veines qui se gonflent jusqu'au paroxysme, frisant l'éclatement.
Puis l'étau se desserre. Les membres se déploient, le corps de ma kan-gaiko glisse doucement vers le bas, le long de mon ventre, ses lèvres chaudes lèchent au passage mes chairs grisées par une tension extrême. Elle s'installe là, près de mon sexe en ébullition qu'elle enserre de ses doigts, elle attend ainsi inerte le bibin kuru, l'érection du volcan.
L'odeur du thé remplit mes narines. Les plaintes du koto martèlent mes sens. La jeune maiko-san est agenouillée tout près, portant de ses deux mains le chawan aux magnifiques textures de raku. Elle appuie ses coudes sur ses genoux, fait une longue révérence et elle s'immobilise jusqu'à ce que ma kan-geiko perçoive sa présence à ses côtés. Ma kan-geiko se relève et accepte le chawan des mains de la jeune maiko. Elle soulève le chawan de ses deux mains, le retourne vers moi pour me montrer le dessin floral qui en garnit la paroi principale, elle fait une longue révérence. Elle soulève lentement le chawan en le fixant des yeux et elle ingurgite le chaud liquide d'une seule rasade.
Elle est là, immobile devant moi, ses yeux fixent mon pénis au bord de l'éclatement, la bouche encore pleine du chaud liquide, elle se penche sur moi et elle engouffre doucement mon pénis entre ses lèvres hermétiquement closes.


Je sens ses lèvres glisser le long de mon sexe, en exerçant une forte pression, ses lèvres écartent au passage mon prépus; elle appuie plus fortement sur sa mâchoire égratignant mes chairs fragiles de ses dents aiguisées, mon sexe se gonfle de sang, il est au bord de l'éclatement, il plonge dans le brûlant usucha , pénètre plus profondément, pour atteindre l'étroit couloir du shokudo et s'y maintenir un instant; puis elle resserre et desserre l'étreinte, jusqu'à l'expulsion de mon visqueux sperme dans le liquide encore tout chaud, qui gonfle la gorge de ma kan-geiko, chaud élixir qu'elle ingurgite avec passion.
C'est ainsi que j'ai atteint le wao-kei-sei-jaku, la suprême harmonie, je me suis endormi, j'étais satisfait.
J'ai du rêver. Les sons de la ville me tirent de mon sommeil: des klaxons, des crissements de pneus, le bourdonnement de la ville au loin, des cris d'enfants, des feulements sinistres d'animaux, des sons domestiques, des bruits de chaudrons, des tintements de clochettes, des éclats de voix, des rires saccadés de femmes hystériques, des froissements de papier, le gong mystérieux d'un temple shintoïste, j'ai du rêver, je me réveille enfin.
Le décors est le même. Je n'ai pas changé de lieu: des parois translucides d'où perce déjà la lumière du jour, des nattes en tatami, un inconfortable takamakura, un oreiller de bois laqué, qui m'a laissé au cou un douloureux torticolis. Je ne suis pas seul; je me souviens de l'intense plaisir de mes sens, cette incomparable nuit d'amour, le voluptueux contact de cette femme charnelle, énigmatique déesse aux baisers sulfureux, intriguante bête aux doigts tentaculaires, un corps élastique d'une étonnante lascivité, femme tentatrice allongée nue sur le foko-no-wa et qui m'accompagne dans mon réveil, là tout près, le mannequin inanimé, le squelette dépouillé de ses chairs, le corps décomposé de la geisha, d'avoir ainsi traversé le temps.


Et que languissamment je me tournai vers elle
Pour lui rendre un baiser d'amour, je ne vis plus
Qu'une outre aux flancs gluants, toute pleine de pus!
Je fermai les deux yeux, dans ma froide épouvante,
Et quand je les rouvris à la clarté vivante,
A mes côtés, au lieu du mannequin puissant
Qui semblait avoir fait provision de sang
Tremblaient confusément des débris de squelette,
Qui d'eux-mêmes rendaient le cri d'une girouette
Ou d'une enseigne, au bout d'une tringle de fer,
Que balance le vent pendant les nuits d'hiver.
(Baudelaire)
Je traverse éperdu la paroi de papier de riz, je m'engouffre dans la vaste salle de réception, affolé; les invités et les geishas sont toujours là, indifférents à mon désarroi. Des hommes élégants portant l'attaché-case de l'homme d'affaires japonais ou du japonais affairé, s'apprêtent à quitter l'établissement sous l'attention soutenue des geishas.
Je suis comme projeté hors de la maison. Mes sens perçoivent le bruit, maintenant évident, de la ville qui se réveille de sa torpeur nocturne. Les objets me sont familiers, les sons, les gens qui courent dans tous les sens à travers le vaste espace de stationnement, les cars bondés de touristes face au seki, le portail qui donne accès au château. La maison est là, derrière moi, silencieuse et hors du temps.
Je réintègre à pas pressés mon auto-campeur immobile au fond du parking, le palanquin à mystérieusement disparu, les êtres, les sons, les plaintes, les ombres d'un autre temps, remplacés par les murmures familiers de la ville, les inévitables petits monstres, ces garçons aux vêtements stéréotypés, la petite casquette sans rebord, le sac à dos des écoliers et les joshi kousei aux cuisses appétissantes, vêtues d'outrageants fujinfuku au large col dessiné de motifs marins, de longues chaussettes blanches aux laines épaisses lâchement enroulées aux chevilles, fillettes rieuses, espiègles, aventurières. Je démarre sous les quolibets et les rires sans pudeur de ces écoliers et écolières intrigués par la soudaineté de l'apparition de ce gaïjin éperdu, comme d'un voyageur égaré hors du temps.


(En hommage à Hiroshige, Hokusai, Utamaro, aux geishas et au Japon)
le 2009-04-15 15:31:17 | Permalien | Ajouter un commentaire | Contes asiatiques
Le présent de la jeune combattante Moudjahid
Acte I d'un conte érotique ayant pour scène l'Afghanistan
Marco Polo ou le voyage imaginaire (Contes et légendes, septembre 1996) © 1999 Jean-Pierre Lapointe

Nous avions quitté Gazni depuis plus d'une heure, la route menant à Kaboul était enneigée et un bus avait fait une embardée devant notre camion campeur. Il s'était retourné dans le fossé, ses occupants hébétés l'entouraient sans savoir trop quoi faire. Nous nous étions arrêtés, comme la plupart des autres véhicules, à l'idée de briser la monotonie du trajet. Nous étions de peu d'utilité mais avions participé aux efforts pour stabiliser le bus, et nous reprenions la route de Kaboul. La nuit approchait et nous savions qu'il était alors imprudent de rouler. Cet arrêt avait quelque peu perturbé notre programme.

La nuit s'installa, plus vite que prévu. La prudence nous empêchait d'aller plus vite et nous devions continuer jusqu'à Kaboul sur cette route périlleuse et parsemée de barrages de police sans aucune signalisation, de véritables traquenards. Et ce fut la panne. Cette panne qui nous hantait et qui survenait comme toujours, dans les plus mauvais moments. Nous étions immobilisés, attendant du secours qui ne viendrait peut-être pas avant le matin, devant se protéger du froid, des brigants et de nos angoisses.

Après quelques heures d'attente, emmitouflés dans nos afghans achetés au bazar de Gazny, nous étions résignés à passer la nuit, garés sur l'emprise de la route, un véhicule s'immobilisa derrière nous. Nous souhaitions qu'il s'agisse de visiteurs amicaux ce dont nous n'étions pas surs. Nous étions quatre, moi et ma compagne et deux passagers anglais que nous avions eu la présence d'esprit de recueillir entre la frontière pakistanaise et le ville de Kandahar, de sorte que nous nous sentions moins seuls.

Quelques hommes s'approchèrent. Ils étaient armés, de longs fusils artisanaux suspendus à leurs épaules. Un inquiétant gilet de cuir bardé de munitions et de babioles retenaient tant bien que mal, leurs longues chemises de coton blanc qui pendaient sur des pyjamas bouffants. Ils étaient coiffés d'un turban enroulé autour de la tête en des formes distinctives pour chacun des hommes. Aucun signe apparent ne permettait de nous les faire percevoir comme des représentants officiels. J'ai eu peur. Les autres n'avaient pas encore réalisé leur présence.
Je n'ai ouvert ma vitre que légèrement et seulement pour obtempérer à des menaces apparentes de la part de celui qui semblait être le chef du groupe. Il nous demanda de descendre.

Les hommes fouillèrent le véhicule et y enlevèrent tout ce qu'il était possible de prendre. Nous allions protester, mais avec peu de fermeté, réalisant que nous pouvions être libres en y perdant quelques conserves, des vêtements, des appareils photographiques et autres biens plus ou moins précieux.
Dans ma tête, toutes les légendes sur l'Afghanistan, que nous avions recueillies ici et là, revenaient me hanter, obsessionnelles! On disait que la nuit, le territoire était sous le contrôle des moudjahiddins. Près de Kandahar, à proximité de l'aéroport international, où nous avions trouvé un site apparemment sécuritaire pour passer la nuit, un citoyen bien intentionné nous avait fortement conseillé d'aller nous installer dans la ville, où, disait-il, nous serions à l'abri des brigants. La nuit, le territoire Afghan n'est plus sous le contrôle des autorités légitimes. Mais l'était-il également le jour, nous avions pour la première fois de cette expédition autour du monde, l'impression d'être au bout du monde.

J'avais devant moi, quatre montagnards bien armés, à l'air belliqueux, fiers et bien déterminés, qui pouvaient être des moudjahiddins bien que je n'en connaissais pas les signes distinctifs. J'avais une certaine crainte, mais en même temps, ils me paraissaient plus rassurants que les fonctionnaires et soldats qui gardaient la frontière de ce même pays et qui, pour récupérer nos papiers officiels, nous avaient rançonnés sans vergogne.

On nous fit monter derrière le camion boiteux qui leur servait de transport. Sous une surveillance étroite, nous reprenions la route après qu'ils nous eurent bandé les yeux. Le véhicule sembla ralentir après plusieurs kilomètres sur la route droite et bien pavée, qui menait à Kaboul, cadeau empoisonné des Soviétiques à leurs voisins afghans.
Il sembla virer sur sa gauche et emprunter une route cahoteuse que nous avons suivie pendant au moins deux bonnes heures. Le parcours semblait difficile. Nous traversions des dénivellations rocailleuses qui faisaient vibrer le moteur. Quelques fois, nous pensions renverser et, aveugles, nous avions peine à garder notre équilibre, nous ne pouvions prévoir les tangages du camion de sorte que nous restions couchés au fond de la boite.
Puis le véhicule s'immobilisa et l'on nous fit descendre. Avec une profusion d'ordres inintelligibles, d'éclats de voix, de bruits insolites, on nous conduisit et fit entrer dans ce qui semblait être un bâtiment. On nous attacha les pieds et les mains et l'on enleva nos bandeaux.

La pièce était grande et munie de peu d'ouvertures d'où filtrait la faible lumière de la lune. Les murs étaient un assemblage de briques, de troncs d'arbres et de terre séchée, les toits de tôle étaient supportés par des pieux faits d'arbres non équarris.

Nous étions attachés à des piliers au centre de la pièce à faible distance l'un de l'autre. Les soldats sortirent dans un brouhaha de voix et de rires nous laissant derrière eux avec un gardien armé qui restait là, assis devant nous, fumant et se préparant à passer le reste de la nuit.
Nous étions anxieux et cette anxiété nous faisait converser entre nous de ce qui pouvait nous attendre. Chacun y allait de ses prévisions plus ou moins rassurantes. À un moment, j'interrogeai le gardien pour essayer d'entretenir une conversation qui aurait pu nous donner une piste d'espoir sur ce qui nous attendait. Peine perdue. Il ne comprenait aucune des langues que nous parlions ou dont nous connaissions quelques mots. Il resta muet et ses gestes étaient sans équivoque sur son intention de somnoler tranquillement.
Nous étions là depuis une heure déjà, des soldats entrèrent et repartirent avec l'un des anglais. Notre gardien fut remplacé par un autre gardien plus jeune et au visage moins hostile. Je m'inquiétais pour l'anglais et la raison de sa mise à l'écart du groupe. Le nouveau gardien était jeune, très jeune et beau, il me sembla qu'il était possible de s'en faire un ami. L'on croit ainsi faire l'objet de plus de compassion parce que le bourreau est beau, qu'il parle un peu votre langue ou qu'il est une femme, où n'est-ce qu'une trompeuse illusion?

On entendit soudainement un crépitement d'armes à feu. Le gardien bougea à peine. J'en ai déduis qu'il ne s'agissait pas d'une attaque venue d'ailleurs, et le bruit d'un objet massif tombant sur le sol me fit soudainement réaliser ce qui venait de se passer. La panique nous gagna.
Plus tard, ce fut au tour du second anglais qu'on emmena de la même façon que son compagnon.

Nous comprenions que nous allions y passer l'un après l'autre. Pour quelle raison, il nous était impossible de le savoir? Assassinés dans ce pays qui était un royaume, dont nous ne connaissions que peu les us et coutumes, nous réalisions subitement la justesse de nos préjugés et des fabulations dont on nous avait nourries. Ces terres qu'avaient foulées Alexandre Le grand, Marco Polo, étaient donc encore sous le règne de la barbarie dans cette moitié avancée du vingtième siècle.
J'essayais avec des gestes, des regards, des paroles, d'attirer l'attention de notre jeune gardien, une explication, un regard d'apaisement, un signe. Rien. Je recevais en retour, des onomatopées peu convaincantes, un visage qui se durcissait légèrement, une certaine impatience. Je persistais, je n'avais pas le choix, sentant que cette indifférence pouvait être factice.

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le 2009-04-15 15:22:28 | Permalien | Ajouter un commentaire | Contes asiatiques
Le viol de la jeune fille warrior,
Acte I d'un conte érotique se déroulant durant une guerre civile hypothétique.
Elle est allongée près de moi, fragile, vulnérable. Je n'ai même plus la force de la baiser. Je la serre très fort comme pour me soulager des visions d'horreur qui meublent mon esprit. Je parle constamment, des mots qui ont peu de sens pour elle; et elle, qui n'est là que pour baiser, elle s'offre encore et toujours sans jamais comprendre tout à fait. Marco Polo ou le voyage imaginaire (Contes et légendes, septembre 1996) © 1996 Jean-Pierre Lapointe
Je lui parle calmement, d'une voix presque éteinte; elle m'écoute, docile, comme si c'était des mots d'amour. Je lui parle, comme pour oublier, toutes ces images qui se bousculent dans ma tête.
- Kiss me again, you seem so far away!
Je lui baise le front et je reste là un moment, un long moment qui suffit à la calmer et moi, j'ai toujours ces images qui se bousculent dans ma tête.
"Je n'avais même plus la force de réagir. Il était temps de dormir; pour cela il fallait atteindre le village d'Oka le plus rapidement possible."
"Je ressentais une grande tension en moi, cette trop longue expédition en territoire occupé par l'ennemi, à contourner les villages, les maisons, à éviter les femmes et les filles de l'ennemi, j'avais pourtant une grande envie de baiser. Et puis, je pensais à elle..."
- J'ai souvent pensé à toi, je souhaitais te tenir dans mes bras en essayant de dormir alors que l'ennemi se terrait là, tout près.
- I am with you now, you do what ever you want of me.

Et je presse sa tête sur mon buste comme pour me faire pardonner une infidélité. Elle ne réagit pas, rien qu'une moue câline, et, elle relève la tête pour me regarder dans les yeux, elle me dit.
- You did make love, did you, like they all do?
Je pensais à autre chose:
"Le sol était jonché de corps: des miliciens touchés par des snippers, des femmes, des enfants, une guerre sale! Les guerres civiles sont les plus sales des guerres. Elles tuent par vengeance, une vengeance aveugle, alimentée par les médias, par les élites, par les préjugés nés de mémoires irréconciliables. Les victimes ne sont pas des étrangers anonymes, mais des voisins, des concitoyens, des amis, des frères, peut-être un ancien flirt, ou bien une fille que l'on aime toujours, toi peut-être que je pourrais aussi bien violer et sacrifier, qu'aimer et baiser."
- La violence est encore plus horrible lorsque tu connais l'ennemi.
- Viol, you said? Please rape me, I can live with that.
Elle ne saisit pas le sens des mots et elle se donne, elle s'offre, il me suffit de la prendre, elle se laisserait docilement violer. Je l'enveloppe de mes bras et je la serre violemment.
- Tell me how do you recognise the ennemy if he has not the color of the ennemy?

Et je lui réponds ainsi:
- Lorsqu'il parle, s'il a un accent, c'est sans doute un ennemi, ou l'amant de l'ennemi, ou sa fille, sa femme, s'il ne parle pas ma langue, c'est évidemment un ennemi.
- So I am your ennemy and I love it.
Elle se recroqueville alors sous moi et elle commence doucement à se lover.
- And if it was me, would you rape me?
Je ne réponds pas mais je continue mon récit.
"Nous avancions difficilement; je butais sur le corps mutilé et dénudé d'une femme jeune et qui me semblait très belle; violée, elle reposait là, derrière le tronc d'un pin centenaire, une baïonnette lui avait ouvert le ventre, transperçant son vagin, plantée là jusqu'au sol; attaché à la crosse du fusil et trônant fièrement, l'emblème du vainqueur, l'unifolié; sur son ventre dénudé, des mots écrits grossièrement, avec son propre sang: Dead frog."

Puis elle m'embrasse doucement et elle me dit:
- Why did you go, why you?
"Je n'ai pas voulu ni souhaité cette guerre. Je n'avais aucune envie de défendre une cause qui ne me touchait guère. Pourtant, entre deux causes mauvaises, je devais choisir, j'ai choisi celle du plus faible, tout en sachant qu'elle était sans issue. J'ai choisi le camp des souverainistes pour ne pas être du camp du plus fort, celui des impérialistes arrogants. Je me sentais prêt, comme l'indien, à mourir pour défendre un territoire, non pas la soi-disant liberté d'un peuple mais un certain sens de ma propre liberté. Mais l'indien m'a trahi, tu le sais maintenant, lui qui a perdu la mémoire, il a choisi le camp du plus fort comme si Sitting Bull était mort pour rien."
"Nous traversions la pinède d'Oka, en essayant de rejoindre le secteur sous le contrôle des souverainistes. Notre incursion en territoire conquis n'avait pas été fructueuse. Mais nous craignions plus que tout les "warriors", plus habiles à la guerre que les "milices serbes" que nous pourchassions depuis des jours."
"J'essayais de comprendre ce qui animait ces miliciens du dimanche: une haine commune née de la conscience d'être les plus forts, d'avoir le support financier des Confédérés, ou celui tacite de l'Aigle américain, who knows?"

"Chaque milicien portait un costume qui l'identifiait, une sorte d'étendard qui traduisait sa rancoeur, son quartier, sa religion, sa patrie d'origine, ses dogmes, son racisme: Westmounties, Sons of Eire, RoxBurrows, Hell's Angels, PointClair's milicia, BlackWash, Hampsteaders, Stars of David."
- They are my brothers. I am also jewish, don't you forget that?
Il ne s'agissait bien sûr, pas de cela.
"Nous entendions des bruits, tout près. Nous avancions avec une extrême prudence sachant que nous allions devoir engager le combat. L'effet de surprise nous favoriserait, mais nos forces étaient décimées, nos munitions limitées. Nous formions un arc de cercle autour du lieu d'où provenait le tumulte, nous étions prêts à attaquer."
Trame sonore empruntée aux archives du Web: Musique de Nirvana
le 2009-04-15 14:53:51 | Permalien | Ajouter un commentaire | Contes du reste du monde
Les copulations cosmiques de la femme libellule
Acte I d'un conte érotique mettant en scène une femelle androïde venue d'Alpha
Notre intelligence tient dans l'ordre des choses intelligibles
le même rang que notre corps dans l'étendue de la nature.
Pascal, Pensées, II, 72.

La nuit est magnifique. Le dos au sol, le ciel offre au-dessus de nos têtes un spectacle saisissant en cette chaude nuit d'été sur les rives du golfe d'Akaba. Les étoiles, les astres, la lune omniprésente et tous ces mystérieux objets célestes dessinent le ciel en une mosaïque insaisissable.
Sarah est blottie contre moi. Nous sommes allongés sur le sable encore chargé de l'énergie accumulée après une longue et chaude journée de soleil intense, nous sommes allongés sur le dos, nus et imbriqués l'un dans l'autre. Exaltés comme si nous allions faire l'amour. Repus comme si nous avions fait l'amour.
Nous nous étions gavés de jeux toujours infantiles, les fuites nerveuses de Sarah sur la dune, mes tentatives infructueuses de séduction, nous étions repus mais nous n'avions pas fait l'amour. Sarah se refusait à cet ultime sacrifice juste au dernier moment, avant d'atteindre le précipice, au paroxysme de l'excitation sexuelle, elle reprenait subitement conscience et semblait vouloir se préserver pour un autre moment ou pour quelqu'un d'autre. Je ne pouvais la croire encore vierge et pourtant mes approches les plus subtiles n'avaient jusqu'ici pu réussir à conquérir son inexpugnable yoni. Je pouvais la pénétrer, la faire jouir, l'amener à la limite de l'inconscience sans jamais déposer ma semence au fond de sa vulve.
Nous nous sommes aimés, elle m'aimait à n'en pas douter mais cet amour ne s'est pas consommé. Cette fois-ci encore, ma semence est allée se perdre sur ses flancs et dans les sables infinis de la plage.
Nous étions là immobiles, face au spectacle de la nuit regardant le ciel étoilé, silencieux nous ne disions mots. Nous étions biens comme si nous avions fait l'amour. Les lumières d'Akaba scintillaient tout près - à peu de distance de marche et pourtant très loin - séparé de nous par d'infranchissables barbelés, des soldats indolents, des batteries armées. Il y a quelques jours à peine, j'avais passé la nuit à cet autre endroit du côté arabe, couché dans l'une des caravanes ayant servi de studios aux artisans du film, "Laurence d'Arabie" tourné dans le désert du Wadi Rum, tout près. Je regardais alors les lumières d'Eilat, attirantes comme des fillettes en chaleur.
Marco Polo ou le voyage imaginaire (Contes et légendes, août 1998) © 1998 Jean-Pierre Lapointe
La lune était là, toute pleine, presque au niveau de l'horizon, immense et omniprésente comme un imperturbable lampadaire.
Nous épiloguions sur l'immensité du cosmos. Je lui transmettais mon émerveillement et mon impuissance intellectuelle à saisir toute la dimension de cet univers, l'insondable infini, les théories de la création de l'univers, la petitesse de l'homme devant ces phénomènes.
Elle me parlait des autres mondes qui peuplaient sans doute l'univers. Ces mondes qui nous visitent - les extraterrestres, les soucoupes-volantes, des amis qui en avaient vu - elle les décrivait, ces Frisbees aux feux rouges clignotants, banals appareils sortis de l'imagination d'individus trop naïfs.

Je lui faisais part de mon scepticisme non pas sur l'hypothétique présence d'autres mondes intelligents dans l'univers mais sur l'improbable coïncidence d'une rencontre de l'un de ces mondes avec le nôtre. Toute cette question relevait selon moi, de considérations d'ordre philosophique plutôt que scientifique; l'apparition supposée d'individus plus ou moins humanoïdes dans d'étranges véhicules volants me paraissait une incongruité philosophique et une impossibilité mathématique.
Sarah semblait incrédule. Elle s'amusait de mes considérations mais elle les trouvait trop abstraites, sans doute pas assez romantiques. Elle préférait les frissons accompagnant ces récits légendaires entendus lors des trop longues et ennuyeuses nuits passées avec ses coreligionnaires du kibboutzim.
Sarah était juive. J'avais connu Sarah dans un kibboutz de Beersheba. J'étais de passage en route vers Eilat. Le kibboutz était remplis de jeunes réfugiés venus d'Europe et d'Amérique en quête d'un "trip" mystique: des juifs, où de jeunes occidentaux qui avaient dévié du chemin qui mène à Katmandu. Ils vivaient en communauté ressassant toujours les mêmes certitudes. Sarah s'était vite éprise de moi, je n'avais aucune attache, je n'appartenais à aucune tribu, je n'entretenais aucune certitude, j'étais pour elle l'aventureux qui la sortirait momentanément de cet univers concentrationnaire des kibboutzim, elle m'avait suivie.
Nous avions traversé le Negev ensembles, bravé les incursions nocturnes des feddayins, nous avions flotté sur les eaux salines de la mer morte, escaladé les falaises de Massada, nous avions abouti à Eilat, cette station balnéaire infestée de malotrus. J'avais découvert son corps torride de belle et mystérieuse nord-africaine, elle n'ignorait plus aucun des secrets de mon corps. Nous avons passé des jours d'une totale liberté comme un nouvel Adam et une nouvelle Ève, sur les chemins dévastés du Paradis Terrestre.
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le 2009-04-15 14:31:45 | Permalien | Ajouter un commentaire | Contes d'outre-monde
Don Juan ou la métamorphose de l'ange du Paradis,
Un conte érotique ayant pour scène le Paradis ou l'Enfer.
Marco Polo ou le voyage imaginaire (Contes et légendes, 10 octobre 2007) © 2007 Jean-Pierre Lapointe
D'après le Dom Juan de Molière.
Trame originale sur synthétiseur Yamaha: la bébelle aux bois dormant.
le 2009-04-15 14:23:27 | Permalien | Ajouter un commentaire | Contes d'outre-monde